
La vielle
à roue
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Résumer l'Histoire de la vielle en quelques lignes est quasiment impossible, tant
son évolution, sur le plan de la lutherie comme sur le plan social, a été
grande. Néanmoins, voici quelques points importants qui ont marqué la vie de cet
instrument.
La vielle à roue est un instrument à cordes frottées par une
roue en bois au lieu d'un archet. La roue est tournée avec une manivelle, pendant que la main gauche
du musicien joue la mélodie sur un clavier.
Deux cordes
appelées chanterelles, passent par le clavier ; leur longueur de vibration est
changée par l'action des touches appelées "sautereaux".
- Le sautereau est un élément du clavier de la vielle à roue qui
comprend des tiges coulissantes pour chaque note. Les sautereaux sont fixés sur
chaque tige par groupe de deux (deux cordes en chanterelles) et permettent,
comme le doigt du violoniste, de déterminer la partie de corde vibrante. Après
appui sur la tige du clavier, celle-ci est rejetée par la vibration des cordes,
faisant ainsi reculer la paire de sautereaux.
Un nombre variable de cordes, passant hors du clavier, émettent chacune un
son, formant ainsi un accord continu : ce sont les bourdons (gros
bourdon, petit bourdon, mouche et corde de chien ou trompette). Au-dessous des
bourdons se trouvent parfois des cordes sympathiques qui donnent au ton un
caractère plus doux.
Parmi les bourdons, une corde particulière donne cette caractéristique
originale de la vielle qui est de pouvoir rythmer une mélodie. Cette corde repose sur une
petite pièce de bois appelée le « chien », elle-même maintenue sur la
table d'harmonie par la pression de la corde. Lorsque cette corde vibre suffisamment, la pièce de
bois vibre alors sur la table, et génère un son comparable à un grésillement.
L'instrumentiste produit cette vibration par une frappe de la manivelle, que
l'on appelle détaché ou "coup de poignet".
Si le principe de cordes frottées nous vient de l'Orient, la
vielle à roue (premier instrument à cordes sur lequel un clavier est appliqué)
est très vraisemblablement d'origine européenne, même si certains la voient
arriver sur notre vieux continent avec les invasions Mauresques. On en trouve
les premières traces (sous sa forme ancestrale) vers 1100 dans un texte
rédigé dans une abbaye bénédictine en Bavière, et sur les frontons de
cathédrales espagnoles (Saint Jacques de Compostelle notamment).
Si nous devons à un luthier de Versailles, dénommé Bâton l'Ancien, les vielles à
corps de guitare (vers 1716), nous lui devons également les vielles à corps de
luth (1720). Mais les progrès faits en lutherie pour le violon réduiront ce
succès. La Révolution française achèvera ce travail par la destruction de
nombreuses vielles considérées comme instruments bourgeois et nobles. Là aussi
de nombreuses têtes tomberont !
Le XIXe siècle verra cependant sa renaissance progressive dans
les campagnes. De nombreux luthiers parisiens ont fuit la capitale lors de la
Terreur pour se réfugier en Berry et en Bourbonnais ; ce sera l'âge d'or de la
vielle à roue en France et ce jusqu'au début du XXe siècle.
Malheureusement la vielle se retrouvera une nouvelle fois détrônée, cette
fois-ci par l'accordéon diatonique qui apparaît mieux adapté pour les airs en
vogue. Les Révolutions ne réussissent décidément pas à la vielle à roue,
l'Industrielle lui est fatale à moyen terme.
A partir des années 1970, la vielle renaît doucement, notamment auprès des
jeunes. Des musiciens comme le franco-suisse René Zosso, mais aussi des
luthiers, vont faire revivre l'instrument en lui apportant un regard nouveau. La
notion d'idée culturelle favorise très nettement cet renaissance.
Aujourd'hui, la vielle est présente dans de nombreux groupes
folkloriques, groupes de musique ancienne et traditionnelle, mais également dans
des formations contemporaines. On constate un certain regain croissant de la
part des jeunes pour cet instrument.
De plus, la Lutherie - tout en gardant
le côté traditionnel de l'instrument - commence à y intégrer de plus en plus des
techniques nouvelles.
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